LES MOTS ENVAHISSEURS : Langue française, un écosystème en danger ; Frédéric Lepage : Yvon
LES MOTS ENVAHISSEURS : Langue française, un écosystème en danger ; Frédéric Lepage
Editions FLM, 128 pages
Disponible sur Amazon et en e-book
© Guy Buchheit
Je n'ai pas pour habitude de chroniquer des
essais, mais le propos de Frédéric Lepage m'intéresse. Et je le rejoins sur de
très nombreux points. Ne fuyez pas, c'est loin d'être ennuyeux ! Ca pourrait
même vous faire rire ou vous mettre en colère, ou les deux simultanément ! Et
puis, il va falloir que je fasse attention à ce que j'écris. Vous allez
comprendre..
Partant de son expérience de documentariste
animalier (d'aucuns auraient dit de son expertise) et de sa connaissance des
écosystèmes, Frédéric Lepage fait un parallèle avec notre langue, elle aussi
est envahie de mots-animaux qui n'y étaient pas à l'origine et qui détruisent
l'environnement comme le serpent brun de Guam a détruit à lui seul tout
l'écosystème d'une île. Mots-crapauds buffles, mots-ragondins, mots-sangliers,
les liens sont nombreux vers ces mots qui n'enrichissent pas la langue mais
l'appauvrissent par paresse, snobisme, ignorance. Ne me dites pas "oh,
encore un puriste" ou "tiens, un grammar nazi" ou encore "mais
il faut qu'une langue évolue".. Frédéric Lepage accepte avec plaisir (et
moi aussi) des mots nouveaux et/ou étrangers qui comblent un manque ou
précisent une nuance du français. Mais il a en horreur ces mots qui en
remplacent une demi-douzaine sans rien apporter de neuf. Un exemple ? Booster.
Très à la mode chez les médecins et journalistes en ce moment. Booster qui fait
disparaître renforcer, dynamiser, stimuler, vivifier. Par paresse, par
snobisme, pour "avoir l'air", pour faire moderne.. On ne parlera donc
pas de cette expertise (voir plus haut) qui fait disparaître expérience et
compétence au détriment de son vrai sens (l'expertise de votre voiture
cabossée). Ni de ce parasite à la mode chez nos cuisiniers médiatiques et sur
les réseaux qui collent le verbe venir partout. "Je viens beurrer le moule
et je viens y verser ma pâte"... au lieu de "je beurre le moule et
j'y verse ma pâte".
On ne remercie pas nos politiciens et journalistes
(télé en particulier) ainsi que nos cadres d'entreprise qui de jargon en
mots mal utilisés mais répétés à l'envi popularisent des formes fausses. Il n'y
a plus rien d'impossible ou de difficile, mais c'est "compliqué", il
n'y a plus de problèmes mais des "sujets".. Mme Hidalgo fait fort
avec son "il n'y a pas de sujet de financement"... D'ailleurs, elle
ne fait plus partie d'un.. parti mais d'une famille politique. Elle a honte du
mot parti ?
Faire long pour faire intelligent (Trissotin n'est
pas loin), employer un mot rare pour avoir l'ascendant sur l'interlocuteur.. On
remercie (?) ceux qui "sont en charge de", ceux que "la
situation interroge", ceux qui font des mix et pas des mélanges, etc...
Je m'agace de mon côté que le PSG
"joue Marseille" et non pas contre Marseille (contamination
anglosaxonne) , que cette chroniqueuse culinaire télé nous ressasse que "
au plus c'est cuit, au plus c'est savoureux".. on ne peut pas faire plus
lourd, non ? Plus c'est cuit plus c'est savoureux, c'est pas suffisant ? Plus
rien n'est bon, c'est savoureux en bouche. On n'aime plus, on affectionne. Allez
, j'arrête, je vais m'énerver pour rien. 😂
Alors j'attends l'avalanche des
"vilain passéiste", "grammar nazi", "combattant
d'arrière-garde".. mais je m'en moque. J'espère simplement des amoureux de
notre langue qu'ils aillent à la découverte de ce petit opuscule (pléonasme
assumé) pour "booster" ses ventes et découvrir le vrai sens de
"problématique" puis qu'ils aillent se sustenter (ça veut dire
manger) d"un plat qui est devenu "gourmand" au lieu d'être
délicieux. Eux qui étaient gourmands que sont-ils maintenant nos gastronomes ?
Venez rire, grincer des dents, approuver ou pas
mais découvrez que vous aussi vous êtes contaminés ! A lire par petites doses,
les chapitres sont très courts. Et à garder à portée de main pour vous
auto-corriger.
Et je ne dirai pas "Merci à toi,
Frédéric" mais : Merci Frédéric ! (c'est mieux, non ?) 😉


Commentaires
Enregistrer un commentaire