Renaître dans la nuit de Hakim Arezki (Marina)


Renaître dans la nuit de Hakim Arezki

Editeur : XO
25 Sept. 2025
268 pages

Que faisiez-vous le 7 septembre 2024 ? Vous rappelez-vous où vous vous trouviez ? Moi oui ! 

Tout simplement parce que c'était un moment fou, en plein coeur des événements sportifs des J.O 2024 paralympiques. Je me trouvais Porte de Versailles, avec des amis, venus soutenir les Français encore en compétition en tennis de table. Ravie de partager tout cela avec eux, mais un peu triste quand même à l'idée de ne pas pouvoir suivre la finale de Cécifoot qui se déroulait le même jour en fin d'après-midi. 

C'était sans compter les bénévoles et la superbe organisation logistique des Jeux.

Quelle joie en effet de découvrir qu'une mini fan zone avait été aménagée au sein des pavillons du Centre des Expositions. C'est ainsi que nous avons suivi, vécu, soutenu, tremblé avec et aux côtés de cette incroyable équipe de France paralympique. Une finale qui se jouait au pied de la Tour Eiffel devant un public concentré, tendu lui aussi et silencieux (pour permettre aux joueurs d'entendre les clochettes qui se trouvent à l'intérieur du ballon). Une discipline que je ne connaissais pas avant le début des jeux et que j'ai eu un plaisir fou à suivre... jusqu'à la consécration, nos Bleus ayant gagné la plus haute place sur le podium, élevés au rang de champions olympiques, la médaille d'or autour du cou, au son d'une Marseillaise écoutée et reprise religieusement par les joueurs et treize mille spectateurs du stade Tour-Eiffel, en liesse. 

Imaginez ma joie en apprenant que Hakim sortait un roman autobiographique, pour raconter sa vie, son handicap et son incroyable destinée jusqu'à ce 7 septembre, jour à jamais gravé dans sa mémoire.

Le parcours de Hakim, sa résilience, sa vie, ont également un écho très fort en moi. La Kabylie occupant en effet une très grosse partie de ma vie sur le plan personnel, chère à mon coeur, je ne pouvais passer à côté de ce récit.

Au moment où Hakim s'élance pour le tir au but en fin de rencontre, peu de gens encore le connaissent. Ce roman magnifique permet d'en apprendre un peu plus sur lui, Kabyle de naissance, qui a perdu la vue à 19 ans, en 2001, lors d'une manifestation en Algérie, lorsque deux balles (dont une explosive) sont tirées sur lui par les forces de l'ordre. Cette manifestation d'étudiants et lycées se voulait pacifique. Personne ne comprendra plus tard pourquoi, les tirs de la police qui jusqu'à présent se faisaient toujours avec des balles à blanc l'ont été à balles réelles. Ce jour là, Hakim fervent admirateur du chanteur Matoub Lunès voit sa vie basculer. Lui qui souhaitait manifester pour  dénoncer les injustices perpétrées envers le peuple algérien et défendre la culture et la langue kabyles voit sa jeunesse fauchée, percutée en plein vol. La répression policière est terrible, le nombre de victimes dramatiques, le Printemps noir vient d'avoir lieu.

Hakim nous raconte ce qui s'est passé. L'incompréhension, la douleur, la perte de la vue et son coeur qui oscille entre ses deux pays, la France et l'Algérie. Sa force de caractère, sa résilience et persévérance, sa famille, véritable rempart et bouclier contre l'adversité et le coup du sort. Les belles personnes croisées sur sa route, les soignants, les encadrants dans son parcours scolaire et le sport comme exutoire et billet de sortie, transcender son handicap. Le capitaine de l'équipe de France nous relate l'ombre et la lumière, le doute, les succès comme les échecs. Le texte est très fluide, l'impression est celle de parler avec un ami à la terrasse d'un café. Ses confidences sont faites avec pudeur, émotion et sensibilité. Ce qui est certain c'est que cette médaille d'or ne lui est pas montée à la tête. Loin de là. L'expérience olympique, la reconnaissance, les selfies, et sollicitations par les médias dans les jours qui suivent ne lui font pas oublier que tout cela retombe ensuite, comme un soufflé mais que le handicap, lui, reste et que la société n'est pas encore prête, son regard se détourne encore un peu trop souvent et facilement. 

Du coup, et si son expérience, son histoire, son parcours pouvait aider en cela ? Faire changer le regard sur le handicap, permettre une prise de conscience, un changement dans les mentalités, un vivre ensemble plus facile avec des lieux adaptés, mieux pensés ?

Hakim est conscient du chemin à parcourir, mais également du fait qu'il n'y parviendra pas seul. Humble, armé de son doux sourire, il fera ce qu'il peut, à son niveau. Partageant son histoire et surtout rappelant le Printemps noir, les événements terribles survenus en Algérie pour que personne n'oublie. Lui qui a dû se battre contre les ténèbres, puiser dans ses forces jusqu'à l'épuisement pour parvenir au dépassement de soi et la concrétisation de ses rêves. Avec l'équipe de France, il a obtenu l'or mais n'oublie pas qu'un deuxième métal est indissociable de sa personne, le plomb.. Celui qu'il a reçu et dont certains fragments sont toujours logés dans son corps (impossible à opérer, extraire), à jamais ancrés dans sa chair.

Je referme le roman la gorge serrée de toute l'émotion que j'y ai perçue. Admirative de cet homme qui a tenu bon, n'a jamais baissé les bras, et fait de son handicap une force. Toutes mes félicitations pour ce récit poignant et solaire. 

Chapeau bas, capitaine ! Les prochains JO sont en 2028 à Los Angeles, j'ai hâte de vous y voir avec toute l'équipe et espère bien entonner la Marseillaise avec vous, devant mon écran après les phases finales.








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Rebondir, Michaël Jérémiasz 

-  Mes ancêtres, ma famille et le sport, Namakoro Niaré 

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