Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire : Sarah Kaminsky (Yvon)

 

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire ; Sarah Kaminsky 

Editions Le livre de Poche, 254 pages
Parution : 07/11/18

Marina et moi ne pouvions pas ne pas lire ce livre, ce document. Sarah Kaminsky ne nous est pas tout à fait inconnue, elle vient de recevoir le César du meilleur scénario (avec Franck Dubosc) pour "Un ours dans le Jura", elle est aussi l'épouse d'un auteur qu'on aime beaucoup sur MGbooks. Mais ce qui importe ici, c'est la vie d'Adolfo, son père.

Et quelle vie ! Quel bonhomme, quel destin ! Adolfo est né en 1925 en Argentine dans une famille de ju.ifs russes. Enfant, il passera quelques années à Vire,  en Normandie, avant que toute la famille ne s'installe à Paris. Paris, c'est là que sa destinée l'attend. A 17 ans, grâce à sa formation de teinturier (oui oui), sa passion pour la photo et son insatiable curiosité scientifique alliée à une soif d'apprendre, il devient rapidement pendant l'Occupation.. LE faussaire que tout le monde veut.

C'est sous la forme d'une conversation entre elle et son père que Sarah nous raconte la Résistance, la clandestinité, la peur, le travail acharné (produire 900 pièces d'identité en 3 jours) qui le mènera parfois à la syncope. Arrêté et interné à Drancy avec sa famille, le jeune Adolfo sera libéré parce qu' Argentin, puis obligé de se cacher. Mais il continue son travail. Il dit même : En une heure je peux produire 30 faux papiers, si je dors une heure 30 personnes peuvent mourir.. Toujours sans se faire payer, par idéalisme. Mais il lui arrive aussi de refuser des "causes", il n'est pas mercenaire. Traître, disent les uns. Droit dans ses bottes, disent les autres.

Après la Libération, Adolfo fournira des faux documents aux pionniers de la création d'Is.raël, puis pendant la guerre d'Al.gérie aux membres du FLN. Il lutte, il aide, pour la liberté des peuples, pour plus de justice dans le monde. Jamais pour son enrichissement personnel. Même si, une fois, il fabriquera une énorme quantité de fausse monnaie.. mais je vous laisse la surprise de découvrir le destin étonnant de cet argent.

C'est aussi un homme, avec ses histoires d'amour, ses enfants pour lesquels il regrette de ne pas voir été assez présent. Un travail de fou entre ses activités "visibles" et "invisibles", jusqu'au jour où il décide d'arrêter. Le danger, la clandestinité, il a assez donné. En Algérie, la vie est là, il y a une femme Leïla, et puis bientôt.. Sarah.

Sarah et Adolfo

Adolfo Kaminsky nous a quittés il y a peu à 97 ans. Une longue vie, riche d'idéaux, de vies sauvées. Un faussaire de génie. Un monsieur que j'aurais adoré rencontrer, un artiste photographe qui a croisé mes grands-parents sans le savoir. Si vous suivez mes chroniques, vous devinerez facilement comment. Un idéaliste dont la vie mériterait bien une série télé ! Trente années de secrets, de rendez-vous discrets, de traîtres démasqués, de nuits de labeur acharné parce qu'il fallait que ce soit parfait. Des vies en dépendaient.

250 pages passionnantes que j'ai dévorées en 2 jours.. On se croirait dans un roman mais c'est la vraie vie d'un Homme risquant possiblement la tor.ture et la mort, la prison au mieux. Le témoignage d'une vie que Sarah Kaminsky ne voulait pas voir disparaître avec son père, ses secrets, ses rencontres dans ce siècle plein de fureur qu'il a traversé sans jamais renier ses idéaux.

Ne ratez pas ça..  une vie comme celle-là, il y en a peu.

Adolfo, auto-portrait

Dans la même thématique "Résistances" sur notre blog :

- 40 manteaux et un bouton, Ivan Sciapeconi ou comment un village entier a sauvé des enfants


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