Le Loup des Cordeliers, Henri Loevenbruck : YvonS


Le loup des Cordeliers, Henri Loevenbruck 

XO Éditions,  540 pages


J'aurais pu titrer cette chronique "Comment être déçu par un livre séduisant". Ça commençait pourtant bien. La Révolution Française,  les États Généraux,  tout ce qui se passe avant, autour et après ce mois de mai 1789. Tout ça, je connais par coeur, je l'ai enseigné pendant plusieurs décennies, et j'adore. 
Henri Loevenbruck nous présente un jeune et sympathique journaliste Gabriel Joly qui débarque à Paris. Il découvre la capitale, son métier qu'il envisage très différemment de ses maîtres, la politique. La fluidité du récit, les chapitres courts qui font qu'un lecteur novice sur cette période ne se lassera pas, la description des lieux, tout ça est séduisant. Et on notera les grandes similitudes entre la situation sociale de l'époque et celle de ces derniers mois, les fake news qu'on ne nommait pas ainsi évidemment mais qui étaient aussi répandues dans des "journaux" aussi peu fiables que le Web aujourd'hui. 
Un mystérieux tueur qui frappe dans le quartier des Cordeliers, un loup, l'énigmatique symbole gravé sur le front des victimes... tout cela est très classique et pourtant...
Et pourtant on lit avec plaisir mais sans enthousiasme. Je ne comprends pas les avalanches de compliments sur internet. Aucun reproche. On parle de livre passionnant, haletant... 
Parce que, tout de même, page 299, le héros pour échapper à l'attaque des Tuileries se réfugie dans un couvent au sein d'une reproduction de la grotte de Lourdes ! Henri Loevenbruck parle des licences historiques qu'il s'autorise. Certes. On ne va pas pinailler sur des détails mais il y a loin entre faire se rencontrer deux personnages historiques qui ne se sont pas croisés, décaler l'arrivée à Paris de la célèbre Théroigne de Méricourt, inventer une conversation entre Danton et Desmoulins et faire une erreur de presque 70 ans. L'auteur se targue, dans La Grande Librairie, de ses recherches, d'avoir fait relire son livre par deux historiens (!) et la liste des remerciements est éloquente. Mais quid de ses autres correcteurs, de ses éditeurs ? Il dit : je me suis servi d'un texte tardif qui décrivait ce couvent. Ça le dispense de connaître la date approximative des apparitions de Lourdes ? Cela a tout gâché. Le plaisir de lire, mon estime pour le travail de documentation, le fait que nous étions d'évidence en présence d'un héros récurrent diablement intéressant à suivre. Bien sûr,  j'ai fini le livre. La conclusion est habile, riche en péripéties et surprises, elle ouvre grand la porte à une suite. D'ailleurs on nous annonce d'autres enquêtes, mais j'ai perdu l'envie de continuer.
Une seule erreur, me direz-vous ? Oui, mais l'air satisfait de l'auteur qui ne veut plus qu'on lui écrive à ce sujet, les arguments du type "Victor Hugo lui-même a fait de grosses erreurs dans Quatre-Vingt Treize", tout cela est agaçant. Henri Loevenbruck n'est pas Victor Hugo. Et puis quoi ? Dans le tome 2, le héros bouleversé par les événements du 5 et 6 octobre 1789 va se recueillir aux Invalides sur la tombe de Napoléon parce que l'auteur a lu un texte de Hugo racontant les obsèques de l'Empereur ? 
Un peu de sérieux,  que diable!

Henri Loevenbruck dit dans cette émission : je ne suis pas un historien. Heureusement !


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