ZU, Luc-Michel Fouassier : Yvon
Editions de L'Arbre Vengeur, 120 pages
Quel plaisir de lecteur ! Point de tueur en série, de citadin déprimé, d'énigme
insoluble.. mais, en exergue, une citation d'un ouvrage philosophique universel
: Le Petit Nicolas. "Agnan, on ne peut pas lui taper dessus aussi
souvent qu'on le voudrait, à cause de ses lunettes.." Tout est dit (ou
presque) de la souffrance.. euh non, pardon?? de l'humour de ce bref roman
autobiographique. De la souffrance il y en a eu mais elle est maintenue à
distance, de la nostalgie il y a, de l'auto-dérision aussi.. disons-le, les
lunettes (parole de bigleux) c'est parfois une excellente excuse et un rempart
fragile, mais un rempart.
De brefs chapitres où l'auteur nous raconte son enfance de myope, son
adolescence de jeune homme qui a du mal à embrasser les filles et d'adulte
derrière ses "culs de bouteilles".. On rit, on sourit, on se compare.
Est-on un bigleux donc forcément intello ? un bigleux parce que lecteur ?
ou l'inverse ? est-on un bogosse caché derrière un rempart de verre ? Et la
monture ? Parlons-en de la monture.. grosse et lourde en écaille ou légère
presque invisible en métal ? Et les verres..foin des Ray-Ban de Ton Cruise,
vivent les verres ronds de Lennon ! Et le collège ? L'âge de la moquerie.. et,
pire, de l'appareil dentaire façon grille d'égout !
Alors, la myopie (on ne parle pas des astigmates ou des presbytes, on ne
mélange pas tout !).. d'ailleurs, vous, les sans-lunettes, connaissez-vous
vraiment la différence entre tous ces bigleux ? non, vous vous en foutez..
(attendez, attendez, l'âge venant, on en reparlera) (et la cataracte, vous y
pensez à la cataracte ? ) Donc, la myopie, disais-je, bien pratique parfois. Et
je vous laisse découvrir pourquoi ? Bien gênante aussi, ou poétique.
Et puis, morceau de bravoure.. il y a LA rencontre avec Isabelle Adjani. Celle
de L'été meurtrier. Sublime Adjani. Vous verrez.. enfin, quand je dis, vous
verrez.. si vous avez vos lunettes. Lunettes indispensables pour moi qui ai
dévoré ce livre d'une traite, qui ai savouré le style fluide et léger, où le
subjonctif n'est pas rare (certains auteurs d'aujourd'hui devraient le
redécouvrir) (bon, l'auteur est prof, il ne pouvait pas faire moins) (oui, un
prof à lunettes, pléonasme ?)( et chauve !)
Et vous, les sans lunettes, vous ne pouvez pas profiter de cette sensation
voluptueuse réservée aux bigleux.. laquelle ? ah ah, il faudra lire ce livre..
Bref, bigleux ou pas, après les paréidolies du ciel, ici c'est le brouillard et
le flou artistique... un savoureux moment de littérature !
Alors,
Luc-Michel, quand est-ce qu'on se "voit" ?
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