Portrait d'auteure #62, mai 2026 : Marie Sellier

Tout d'abord un grand merci, chère Marie, d'avoir accepté de faire partie de nos Auteur(e)s à la Page et de nous parler de toi, de ton univers si varié qui  va de la littérature adultes à l'initiation à l'art pour les enfants en passant par les romans jeunesse, de tes lectures mais aussi de tes rencontres. On attend avec impatience ton nouveau recueil de nouvelles  "Poisson volant" pour le 7 mai prochain.. On en parlera ici, mais en attendant tu as la parole !


1/ Quel genre de lectrice es-tu ?

Je suis une lectrice curieuse et vagabonde, je lis un peu de tout – romans, essais, poésie, jeunesse, bd –, parfois par la force des choses puisque je fais partie de plusieurs jury littéraires, notamment à la Société des Gens de Lettres, mais par goût aussi. Je ne peux pas résister à un livre quand il me fait de l’œil. Cela provoque de belles rencontres comme de plus ou moins vives déceptions. Je vis dans une maison remplie de livres. Certains restent sagement à leur place – parfois pendant des années – avant que je m’en empare. C’est ainsi que j’ai vécu au moins dix ans à proximité du formidable Le prince des marées de Pat Conroy avant de plonger dedans avec jubilation. Avant, ce n’était pas l’heure !  Je relis aussi les livres que j’ai aimés. Parfois, je ne retrouve pas le même bonheur qu’à la première lecture, parfois la magie opère toujours.  Et puis il m’arrive de picorer les livres, en lire des fragments, y revenir. C’est le cas avec La recherche du temps perdu, pour le plaisir de retrouver le tempo si particulier de la langue de Proust.    
 
2/ Quel est ton 1er souvenir de lecture et ton dernier coup de cœur littéraire ?

J’ai deux premiers souvenirs de lecture. Le premier date d’avant la lecture à proprement parler, je devais avoir trois ou quatre ans, et c’est plutôt un souvenir visuel. Ma grand-mère m’avait mis entre les mains le grand – très grand – album de Babar, le petit éléphant de Laurent de Brunhoff, pour m’occuper tandis qu’elle préparait sa valise pour partir en vacances. Je me souviens des pages de garde, de tous ces petits éléphants se tenant par la queue, et du costume « d’une agréable couleur verte » du jeune Babar. Le deuxième, c’est vraiment la première fois où j’ai abordé un texte toute seule. J’étais encore avec cette grand-mère très aimée, cette fois-ci en train couchettes (toujours les départs en vacances !), l’année où l’on apprend à lire à l’école. Elle m’avait offert ce livre dont je ne garde aucun souvenir. Ce dont je me souviens c’est de mon ânonnement laborieux, de ma difficulté à saisir le sens de la phrase dans cet éboulis de mots et de m’être dit : mais je n’y arriverai jamais !

Mon dernier coup de cœur littéraire 

Un coup de cœur, un livre qui surnage dans le flot de livres lus. J’en citerai deux : l’étonnant Peau-de-sang de la québécoise Audrée Wilhelmy ( Le Tripode, 2024), une histoire atemporelle et magnétique de sorcière, de plumerie, de célébration des corps dans une langue psalmodiée, parfois incantatoire, et puis, Solitude de la pitié, une nouvelle de Jean Giono écrite aux alentours de 1930 ( dans le recueil éponyme, Folio 330) découverte il y a peu et que je tiens pour un chef-d’œuvre (qui tord le cœur) dans lequel chaque mot porte.

3/ As-tu des rituels d'écriture ? Lieux, heures, environnement musical, etc...

Aucun rituel, je peux écrire partout, dans mon bureau, mon lit, sur le coin d’une table au café, dans le train, le métro, le RER, les aéroports, une chambre d’hôtel. Je peux écrire des bribes sur mon téléphone ou sur de minuscules bouts de papier que je perds, retrouve. Mais une chose est sûre, jamais en musique. Ou bien j’écoute de la musique, ou bien j’écris.

4/ Qui est ton premier lecteur/ta première lectrice ?

J’ai la grande chance d’avoir une amie écrivaine, une amie très chère à laquelle j’adresse tous mes textes avant publication, une amie au regard à la fois bienveillant et acéré, dont les critiques sont toujours fondées.

5/ Comment a germé ton idée pour ton prochain livre que l’on attend avec impatience ?

Mon prochain livre est un recueil de nouvelles écrites au fil des années. Il y a en a d’anciennes, souvent reprises, remaniées, et d’autres tout à fait récentes. J’y parle d’enfance et de vieillesse, de relations qui font mal, de secrets de famille…  La forme courte me convient bien. J’aime l’écriture à l’os.

6/ Quelle est la chose la plus bizarre, ou la plus drôle qu'on t'a dite ou demandée lors d'une séance de dédicace ?

Je vais répondre à côté. Plutôt que bizarres ou drôles, ce sont des souvenirs émouvants – ou poignants – qui me reviennent. Ce petit garçon, me tendant un de mes livres sur Matisse ( M comme Matisse édité par la RMN) et me demandant « Est-ce que peintre, c’est un métier ? » et, suite à ma réponse affirmative, déclarant : « Eh bien, moi, plus tard, je serai peintre ! ». Et ces deux jeunes femmes venues me faire dédicacer Les douze manteaux de maman (un album illustré par Nathalie Novi sur les humeurs des mères) et fondant en larmes en évoquant le soutien qu’elles y avaient puisé, l’une pour aborder avec ses enfants la question de la bipolarité de son mari, l’autre pour comprendre sa mère dont les sautes d’humeur avaient miné sa jeunesse.

7/ Tu écris aussi des romans et des albums pour la jeunesse mais également pour une initiation à l'art en collaboration avec des musées parisiens. Tu peux nous en parler ?

Après avoir été journaliste pendant plusieurs années (d’abord à l’Usine Nouvelle - où j’étais en charge de l’énergie ! -, puis à Bayard presse où j’ai travaillé à Okapi puis J’aime lire et découvert les subtilités du rapport texte-images dans la presse et l’édition, j’ai souhaité parler d’art aux enfants, parce que je pense que l’art est essentiel et que leur en parler précocement est sans doute le meilleur moyen pour que les tout jeunes échappent à la grande peur qui saisit les adultes face à un domaine dont ils ne maitrisent pas toujours les codes. C’est ainsi que, sur ma lancée, j’ai publié au fil des années 45 livres (albums et romans) sur le sujet, notamment à la RMN, chez Paris-musées et Nathan. Dans le même temps, suite au succès de Afrique, petit Chaka, illustré par Marion Lesage (éditions de la RMN) qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires, j’ai publié de nombreux albums pour la jeunesse tout en menant une activité de scénariste de films documentaires sur des peintres et des sculpteurs et d’expériences de réalité augmentée.

8/ Ecrire pour les adultes et pour la jeunesse, par lequel des deux as-tu commencé ? Comment es-tu passée de l'un à l'autre ?

En tant que journaliste, j’ai beaucoup écrit pour les adultes, mais quand je me suis lancée dans l’édition, j’ai choisi de m’adresser en priorité aux enfants tout en faisant des livres familiaux qui harponnent aussi les adultes.  Ecrire pour les enfants est une école d’exigence et de concision qui me convient bien. Je suis sans doute plus elliptique et tranchante quand j’écris pour les adultes, mais c’est bien la même Marie Sellier qui est à la manœuvre, qu’il s’agisse de livres de littérature générale et de livres jeunesse.  

9/ Comment se passe la collaboration avec un/une illustrateur/trice ? Qui a l'idée ? Ecrivez-vous ensemble ou à distance ?

J’aime travailler en étroite collaboration avec mes illustrateurs ou illustratrices, dans le plus grand respect du champ de chacun. C’est ainsi que j’ai publié plus de dix livres avec la formidable Catherine Louis, illustratrice suisse avec laquelle j’ai beaucoup travaillé à distance (vive Internet !) pour les éditions Philippe Picquier notamment. D’ordinaire, c’est le texte qui est premier, l’illustrateur/trice intervenant dans un second temps, mais il m’est aussi arrivé de partir d’images pour bâtir un récit, ce fut notamment le cas pour Afrique Petit Chaka et du prochain livre que je suis en train de concevoir pour la RMN. Et puis, il y a les albums où l’illustration se trame sans que j’aie le moindre mot à dire, comme par exemple L’enfant et le temps, où j’ai découvert le beau travail d’Elsa Oriol, une fois terminé.

10/ Tu peux ici nous parler de ce que tu souhaites.. Un message, une envie, un projet qui te tient à cœur. C'est à toi !

Un petit message métier (sous forme de souhait) pour terminer : que les salons du livre, les bibliothèques, les écoles, les universités continuent d’inviter des auteurs ( en les rémunérant ) car, les tirages des livres s’étant réduits comme peau de chagrin au fil des années et la surproduction éditoriale ne cessant de croitre (75 000 nouveautés par an, soit un triplement des nouveautés en trente ans, 810 000 titres disponibles sur le marché, selon les chiffres du Syndicat de la Librairie Française), les ventes sont loin de pouvoir faire vivre les auteurs vivants !   

Les ouvrages de Marie Sellier sur notre blog :

- A nous trois, roman jeunesse ados
- L'Enfant et le Temps, album jeunesse

Nos auteurs 2025 c'était donc...


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