Portrait d'auteur #64, septembre 2026 Benoît Ritcher

 

 
© Camille Philibert

Cher Benoît, tout d'abord un grand merci de nous avoir consacré autant de ton temps, nous savons que tu es très pris par tes multiples activités. 

Nous avons d'abord fait connaissance au travers de ta plume avec ta nouvelle Nanoïa, puis nous nous sommes rencontrés à la librairie Chandeigne lors d'un événement Malo Quirvane, on s'est retrouvés ensuite lors d'une soirée hommage à l'illustratrice Sara au sein du bel Hôtel de Massa.. A chaque fois, tu nous a fait bon accueil et nous avons eu la sensation d'une connexion évidente. Il était donc naturel que tu fasses partie de notre galerie d'auteurs.. Tu as la parole, nous sommes tout ouïe... 

1/ Peux-tu te présenter à nos lecteurs et lectrices qui ne te connaîtraient pas encore ?

Je suis poète et écrivain, né en 1971.

J’écris des poèmes, un poème par jour au moins, depuis septembre 2003, et j’essaye de faire en sorte que ce soit le plus souvent une activité collaborative.

J’invente des formes pour cela, et j’invite les gens qui aiment écrire à les essayer avec (ou sans) moi : le poème autodaté, le diurnoscope, le poème avec muses, l’exercice d’immodestie, le contrepoint … et le petit dernier né cet été en visite au site néandertalien du Rosel : la confusion des sédiments.

Depuis un bon moment, le poème autodaté, qui aura vingt ans l’an prochain, vit sa vie d’adulte sans moi, et s’en trouve très heureux !

J’écris pour la jeunesse, aussi ; je suis publié chez MeMo et Nathan, et j’ai reçu avec joie en novembre dernier le prix Pépite fiction junior pour mon roman La jeune fille au crâne.

2/ Quel genre de lecteur es-tu ? 

J’ai eu des périodes de voracité un peu inquiétantes dans mon enfance, comme je le raconte dans La jeune fille au crâne, mais tout est rentré dans l’ordre depuis, en ce qui concerne la quantité tout au moins. Je me souviens qu’à l’époque (les années quatre-vingts) il y avait un côté chasseur cueilleur dans cette activité : suivre une piste, localiser une bibliothèque, s’en assurer la jouissance par quelques ruses de photocopies, amadouer la bibliothécaire, choisir ses proies, les porter sur son dos, les dépecer à la maison et rapporter les carcasses la semaine suivante …

La lecture a connu quelques révolutions depuis, mais le plaisir de découvrir un nouveau territoire de chasse est intact.

3/ Quel est ton 1er souvenir de lecture et ton dernier coup de cœur littéraire ?

Un jour au pays des fées : un livre géant des années cinquante qui était chez mes grands-parents maternels, et sous lequel – dans mon souvenir – je pouvais entrer comme dans une tente : le rêve absolu ; internet m’apprend qu’il ne fait que 48 sur 35 cm.

Je viens de faire une pause dans La dynamique de l’œuf de Céline Curiol (Actes Sud) pour relire les Si crues fictions de Claude Enuset (Les Venterniers) ; deux livres qui ont comme point commun de sembler écrits pour répondre à toutes les questions que je me pose en ce moment.

 4/ As-tu des rituels d'écriture ? Lieux, heures, environnement musical, etc.

Aucune préférence de moment ni de lieu, j’écris avec joie dans toutes les situations, et en musique dès que c’est possible. À la maison, depuis quelques années maintenant : debout devant une table haute.

 5/ Qui est ton premier lecteur/ta première lectrice ?

Mon amoureuse, Éléonore. Elle est musicienne et pour mon bonheur je suis aussi sa première oreille.

6/ Quelle est la chose la plus bizarre, ou la plus drôle qu'on t'a dite ou demandée lors d'une séance de dédicace ?

Pas vraiment de demande étrange, mais ce souvenir extraterrestre, à Gaillac sous les barnums du festival à la faveur d’un orage tous les livres se sont mis à s’ouvrir et gonfler sous l’humidité ambiante, de vrais baromètres vivants.

7/ Tu écris des nouvelles, c'est comme ça que nous avons fait connaissance, mais aussi pour la jeunesse, de la poésie, des livrets d'opéra... Tu peux nous en parler ?

J’ai commencé à écrire pour des compositrices & compositeurs contemporains après avoir rencontré Thierry Machuel en l’an 2000 ; on peut voir sur les plateformes vidéo en ligne quelques exemples de ces collaborations : le magnifique « Chansons autodatées » de Michelle Agnes Magalhaes, ou bien l’incroyable « Terra-Boléro » de Thierry Machuel avec le Chœur de Grenelle.

Avec Thierry, à l’invitation de Laurence Equilbey, nous avons créé des transcriptions de Ravel, pour le Chœur Accentus : le cycle pour piano Ma mère l’Oye.

Une autre collaboration importante pour Thierry Machuel et moi, avec l’ensemble Chœur en Scène d’Emmanuèle Dubost, Le Duplicateur, un opéra pour chœur sur le thème du clonage humain, qui fut créé dans une mise en scène de Yaël Bacri à l’Opéra de Massy.

Dans ce livret, on retrouve des thèmes proches de la science-fiction qui me sont chers et que j’ai développés ensuite dans Nanoïa, la nouvelle publiée chez Malo Quirvane grâce à laquelle nous nous sommes rencontrés. Je ne désespère pas d’en faire un roman un de ces quatre !

8/ Nous avons beaucoup aimé ton roman jeunesse La jeune fille au crâne. Un sujet inhabituel qui aurait pu être malsain mais qui parle aux ados qui se construisent. Comment est née cette histoire ?

 J’ai été très touché par votre double lecture de ce livre !

En 6°, un peu par hasard, par curiosité, j’ai fait l’expérience de la naissance d’un travail d’attention qui s’est poursuivi ensuite toute ma vie, c’était avant tout une expérience intime de la joie, que j’ai toujours voulu partager. Dans le roman, je raconte l’histoire sous forme d’un dialogue, mais bien sûr c’était plutôt un dialogue intérieur. S’y mêlent des souvenirs de mon enfance alsacienne, des choses que je voulais sauver de l’oubli, et des réponses inventées ou glanées à des questions que je me posais alors ; et aussi cette sensation, devant l’immense ossuaire de Dambach : si je raconte l’histoire de ces gens, la tristesse s’estompe un peu.

9/ Tu fais aussi de la mise en scène... Tu travailles alors sur tes propres textes ou mets-tu en scène d'autres auteurs ? Ton dernier travail dans ce domaine ou le prochain ?

Depuis une vingtaine d’années, j’essaye de moins mettre en scène mes propres textes, mais naturellement, c’est tentant.

Une de mes dernières mises en scène, qui tourne en ce moment et dont je suis très fier : L’adoucisseur d’angles et autres contes, avec l’ensemble Felicitas ; un spectacle jeune public mêlant musiques baroques & contemporaines à trois de mes histoires.

Aujourd’hui mes activités d’écriture vampirisent un peu la mise en scène, mais je fais en revanche beaucoup de lectures publiques ; nous sommes en ce moment sur scène en festival :

Avec Emmanuelle Trazic (pinceaux) & Martin Granger (piano) pour une lecture dessinée et musicale de la nouvelle Trou, de Jacques Jouet ;

Et avec Éléonore Goguel (flûte traversière) et Antoine Daures (saxophone) pour une lecture perchée dans les arbres de ma nouvelle Diversité.

10/ Tu peux ici nous parler de ce que tu souhaites... un message, une envie, un projet qui te tient à cœur. C'est à toi !

Un immense merci à vous deux pour vos lectures pleines de finesse.

Et pour paraphraser Albert Cossery, je souhaite à toutes et à tous une longue vie de paresse et de lecture !


Du même auteur :

- Nanoïa, Une ville invivable, Benoît Richter
- Soiree VIP avec Malo Quirvane, Boulevard Saint Germain, 13 septembre 2021
- Soirée à l'Hôtel de Massa, cette ambassade des lettres, Paris, le 30 septembre 2021
- La jeune fille au crâne


Nos auteurs 2025 c'était donc...

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