Portrait d'auteur #65, octobre 2026 Emmanuel Grand

Crédit photo : SamuelKirszenbaum

Bonjour Emmanuel, un grand merci pour le temps que tu as passé à répondre à nos questions.. Ca me fait tout drôle de te tutoyer et de t'appeler par ton prénom parce que pendant des années on s'est vouvoyés et appelés Monsieur. Ici le prénom et le "tu" sont la règle. Alors pour le lecteur qui ne nous connaît pas.. Tu étais parent d'élève et moi professeur des écoles, j'ai eu tes enfants dans ma classe et je n'ai su que tu étais auteur qu'à la toute fin de ma carrière.. Le reste, nous te laissons, Marina et moi, le raconter toi-même...😊

1/ Peux-tu te présenter à nos lecteurs et lectrices qui ne te connaîtraient pas encore ?

Je suis devenu écrivain sur le tard. J’ai publié mon premier roman, Terminus Belz, en 2014. Il a remporté plusieurs prix. Et j’en ai écrit trois autres, Les salauds devront payer, Kisanga et Sur l’autre rive avant mon dernier et cinquième roman, Le sang des nôtres, paru aux éditions Albin Michel. Ce sont des romans noirs et on me colle volontiers l’étiquette « polar social » que je ne démens pas. Les livres que j’écris doivent répondre à trois critères. D’abord, ce doit être des « page turners ». L’intrigue doit être très construite et le suspense permanent. Ensuite, les personnages doivent être attachants, tous, même les personnages secondaires. Enfin, il doit y avoir un propos politique ou social en toile de fond. J’aime que mes livres continuent d’habiter l’imaginaire de mes lecteurs une fois terminés.

2/ Quel genre de lecteur es-tu ?

Je crois qu’on écrit les livres qu’on aurait aimé lire. Donc, j’aime exactement les mêmes choses dans les livres que je lis que ce que je cherche à réaliser dans les miens. C’est-à-dire : une histoire qui embarque le lecteur, des personnages, des lieux incarnés, un propos, une raison… et enfin, j’aurais pu commencer par cela, un style littéraire. Évidemment. Du coup, je crois être assez exigeant. En même temps, il le faut. Investir 20 heures de son temps dans la lecture d’un livre, ce n’est pas rien.

3/ Quel est ton 1er souvenir de lecture et ton dernier coup de cœur littéraire ?

J’essaie de remonter le plus loin et c’est certainement Babar, de Jean de Brunhoff. Et pour ce qui est des romans, sans doute Robinson Crusoé. Mais je n’ai pas été un grand lecteur, étant enfant. Je crois que j’avais du mal à me concentrer sur les textes. C’était assez handicapant. Peut-être n’ai-je pas rencontré le professeur qui m’aurait initié à la littérature… Mon dernier coup de cœur, c’est « Ne cherche pas le chaos » de Marion Brunet, une belle histoire, des personnages incarnés, du style et un message au monde… On en revient toujours là.

4/ As-tu des rituels d'écriture ? Lieux, heures, environnement musical, etc...

J’aime bien travailler à mon bureau, porte close, m’isoler dans ma bulle, de préférence avec un grand écran, car j’ouvre plein de docs en même temps quand j’écris.  Pour la première partie de mon travail (documentation et architecture), il m’arrive de travailler avec une playlist musicale reprenant l’intégrale de l’œuvre de Ralph Towner et pas mal d’autres artistes du label ECM. Mais pour la phase d’écriture, c’est silence radio !  

5/ Qui est ton premier lecteur/ta première lectrice ?

La mère de mes enfants. Il ne faut pas croire, ce n’est pas parce qu’on a écrit plusieurs livres, qu’on est débarrassé de cette angoisse de faire lire son travail pour la première fois. L’aboutissement de presque deux ans de travail que l’on soumet à un jugement extérieur est un moment de stress. À chaque fois, je redoute le verdict. Ma première lectrice est prof de littérature qui plus est, donc elle connaît la chanson et sait faire preuve de bienveillance. Son premier retour me permet de me détendre un peu avant l’envoi à l’éditeur.

6/ Quelle est la chose la plus bizarre, ou la plus drôle qu'on t'a dite ou demandée lors d'une séance de dédicace ?

Une fois, un couple est venu vers moi après une rencontre en librairie pour mon premier roman « Terminus Belz »  pour me remercier, car je les avais, selon leurs termes, réconciliés. Car madame ne lisait jamais de polar tandis que monsieur ne lisait que cela. Et pour la première fois, ils avaient aimé le même livre. C’était un très beau compliment.

7/ On a trouvé Le sang des nôtres très documenté autant sur les labos pharmaceutiques que sur l'Inde.. Tu peux nous en parler ?

Oui, pour vous dire en premier lieu que je ne suis jamais allé en Inde et que je n’ai pas passé trois semaines en immersion dans un labo pharmaceutique. Certains auteurs ont besoin de toucher pour s’inspirer, ce n’est pas mon cas. D’autant que c’est une banalité de dire qu’on peut aller au bout du monde sans jamais vraiment voyager. Alors, effectivement, je me documente beaucoup, à l’aide de mon moteur de recherche préféré. Selon moi, l’important c’est de porter une attention très précise à son sujet. Donc, se documenter en profondeur c’est-à-dire parfois sur des éléments qui ne se retrouvent pas dans le livre, mais qui transparaissent peut être dans un mot, un dialogue… Une dernière chose, la doc, c’est le moyen et non la fin. La finalité, c’est l’histoire et les personnages.

8/ Nous avons lu tous tes romans.. Noir c'est noir... Un polar jeunesse, un jour ?

Je me suis posé la question et cela ne s’est jamais traduit dans les faits. Je crois que je n’en éprouve pas le besoin.

9/ On verrait bien Le sang des nôtres en adaptation BD.. Ce genre de projet t'intéresserait-il ?

Je ne me le représente pas intuitivement, mais si un dessinateur avait un projet et qu’il pensait que mon roman se marierait bien avec son style, pourquoi pas.

10/ Tu peux ici nous parler de ce que tu souhaites.. un message, une envie, un projet qui te tient à cœur. C'est à toi !

Je viens de voir que les résultats de PISA 2026 sont tombés et qu’ils montrent la chute libre de l’acquisition des compétences en France et dans l’OCDE. Il y a beaucoup de facteurs, mais l’un d’eux est la désaffection des jeunes pour les livres (et des moins jeunes, soit dit en passant). Alors merci à vous pour ce blog qui, à sa mesure souffle sur la flamme fragile et tellement précieuse de l’amour de la lecture.

Du même auteur sur notre blog :

Emmanuel Grand sera à :

Pau les 3 et 4 octobre
Mulhouse les 17 et 18 octobre
Le Touquet le 14 novembre
Les Essarts le Roi le 15 novembre
Orchies le 5 décembre
Boulogne Billancourt le 6 décembre

Nos auteurs 2025 c'était donc...

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Auteur à la page #13, avril 2021, Olivier NOREK