200e chronique ! Auteur à la page #8, Antoine RENAND



ème chronique !

Bonjour Antoine, merci de t'être prêté au jeu des questions/réponses pour notre blog.

Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

 

L’Empathie, mon premier roman, est sorti aux éditions Robert Laffont début 2019, puis cette année chez Pocket. Mon second roman, Fermer les yeux, est paru en mars, toujours aux éditions Robert Laffont.

Avant de les écrire, j’ai étudié le cinéma, réalisé des courts-métrages, travaillé comme scénariste.

 

Tu as obtenu le prix Nouvelle Voix du Polar, Pocket, 2020. En tant que jurés nous avons pu constater que les livres en compétition étaient très bons. Félicitations pour ton prix. Peux-tu nous dire ce que change l’obtention de ce prix dans ta vie d’auteur ?

 

Le prix est avant tout une mise en avant, un label de qualité dont je suis fier. C’est un honneur d’avoir d’abord été choisi par des libraires, puis par un très large panel de lecteurs. Mon souhait, quand j’écris, est toujours d’aboutir à des récits exigeants mais qui s’adressent à tout le monde. C’est ce que j’aime en tant que lecteur ou spectateur, et c’est ce que je m’efforce de faire à mon tour. Exigeants dans le sens où je ne transige pas avec mes goûts et où j’essaye d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Et donc recevoir un prix des lecteurs est une récompense qui me touche particulièrement.

 

Quel genre de lecteur es-tu ?

 

Je lis bien sûr des romans policiers mais aussi de la littérature générale, des biographies, des essais…

Les romans qui me passionnent sont ceux dont les personnages me parlent et me surprennent. C’est ce que je recherche avant tout en tant que lecteur aujourd’hui. 

 

Avec quel auteur présent ou passé  prendrais-tu un verre et pourquoi ?

 

Il est tentant de choisir des auteurs disparus… Et une liste assez incroyable vient rapidement en tête…

 

Si vraiment j’avais ce pouvoir magique, et si la barrière de la langue pouvait être effacée (tu ne l’as pas précisé mais je tente !), je choisirais Aristote. Car même si je ne suis pas un spécialiste de son œuvre, échanger avec quelqu’un ayant vécu il y a plus de 2000 ans, qui plus est un esprit brillant, ce serait tout de même un moment pas banal et un sacré témoignage…

 

Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

 

Je pourrais répondre La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq, parce que c’est mon livre préféré et qu’il a été un choc artistique pour moi lorsque je l’ai découvert à sa parution. J’admire démesurément ce roman. Toutefois, je suis ravi que Michel Houellebecq en soit l’auteur, et je suis surtout enchanté d’avoir pu le LIRE ! Car si je l’avais écrit, je n’aurais pas ressenti ces émotions, je n’aurais pas été transporté, et ç’aurait été dommage car ce furent et ce sont encore des moments précieux. 

 

Quel est ton 1er souvenir de lecture ?

 

Je lisais souvent durant les vacances scolaires, quand je partais avec mes parents ou chez mes grands-parents. C’était des romans pour enfants, du genre Bibliothèque rose. Il y avait des histoires avec des animaux dans ces livres, et je les ai d’ailleurs conservés, sans me souvenir des intrigues.

Par la suite, vers 12 ou 13 ans, j’ai eu ma période Agatha Christie et je pense qu’elle a compté.

 

Quel est le livre sur ta table de nuit en ce moment ?

 

Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens.

 

Quel est ton dernier coup de cœur littéraire ?

 

Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.

 

Quel est ton tout premier lecteur ? As-tu un groupe défini de "beta lecteurs" ?

 

Ma femme et ma mère (mon père aussi, un peu après). Ils ont toujours lu ce que j’écrivais, depuis mes premiers scénarios. Leur regard m’est important car je connais bien leurs goûts et ça me permet d’évaluer la qualité du projet et d’anticiper les futures réactions.

 

Il y a une anecdote que j’aime beaucoup, racontée par l’auteur-réalisateur Francis Veber dans son autobiographie (Que ça reste entre nous, Robert Laffont). Lui aussi raconte faire systématiquement lire ses nouveaux textes à son épouse.

Au début des années 90, il s’est mis à écrire une nouvelle pièce de théâtre, Le Dîner de cons, et a confié de petits paquets de feuilles à sa femme au fur et à mesure de son avancée. Très vite, il a eu la surprise de l’entendre éclater de rire. Une fois, une deuxième, et puis encore une autre. Et Veber explique que ce fut un moment étonnant car, bien qu’il ait (presque) toujours écrit des comédies, sa femme n’était pas « rieuse », et lisait en temps normal sans faire de bruit. Et donc il s’est mis à penser que c’était bien parti, et que cette nouvelle histoire avait peut-être quelque chose de spécial…

 

As-tu un rituel d'écriture ? Un lieu préféré pour cela?

 

Comme j’habite à Paris et que les mètres carrés sont un luxe, je n’ai pas de pièce réservée pour écrire. Alors je m’installe soit à la table du salon, soit dans un petit bureau situé dans la chambre, et je passe mon temps à déplacer mes nombreuses feuilles d’une pièce à l’autre, selon le moment de la journée – car j’écris sur papier, et c’est sans doute là mon principal rituel.

 

Combien as-tu écrit de livres avant d'oser en envoyer un à un éditeur ?

 

L’Empathie est mon premier roman et il a été signé juste après que j’aie démarché. Je n’avais pas fini de livre avant lui, j’avais seulement fait de très brefs essais – une page ou deux, tous les trois ou quatre ans – depuis mes études de cinéma. Et à chaque fois, j’estimais que la qualité n’était pas au rendez-vous. Alors je continuais d’écrire des scénarios car c’était un format qui me convenait mieux à cette époque. Jusqu’à ce que je me lance dans L’Empathie… 

 

Quel type de roman n’arrives-tu pas à lire ?

 

Aucun, à priori… Il y en a qui m’attirent moins, c’est tout.

 

Au cinéma, le seul genre auquel je suis hermétique est la comédie musicale. J’ai de grandes difficultés à entrer dans ces films, que pourtant des cinéphiles du monde entier encensent. À chaque fois que les acteurs arrêtent de parler et se mettent à chanter et à danser, je me demande : « Mais pourquoi ? »

 

Lecture dans un canapé, à une terrasse de café ou sous un arbre ? 

 

Partout, dans un bain aussi parfois.

 

Quel livre relis-tu régulièrement ?

 

La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq.

 

Quel livre n'as-tu jamais pu finir ? Même si c'est un livre célèbre, on ne t'en voudra pas....

 

Je pense au Soulier de satin, que nous donnait à lire notre prof de français en première.

Je ne me retrouvais pas, globalement, dans les livres qu’on nous faisait étudier au lycée. Et pourtant j’étais l’un des seuls, parmi mes amis, à lire pendant mon temps libre. Je regrette qu’on ne nous ait pas fait travailler sur des romans comme Sa Majesté des mouches, qui auraient certainement plus parlé aux ados que nous étions.

 

Je précise que je n’ai rien contre Le Soulier de satin, peut-être aurais-je aujourd’hui du plaisir à le lire. C’est juste qu’à cette époque il m’ennuyait.

 

Le plus beau compliment qu'on t'ait fait sur tes romans/toi en tant qu'écrivain ?

 

Il y en a eu plusieurs mais je suis particulièrement touché quand une lectrice ou un lecteur me dit avoir pleuré en lisant l’un de mes romans. Pleurer, c’est comme rire : on ne triche pas. Les professionnels du comique sont très satisfaits lorsqu’ils parviennent à faire éclater de rire les gens ; pour moi, qui suis plutôt du côté de la tragédie, c’est un peu la même chose avec les larmes…

 

Le truc le plus fou ou bizarre que l’on t’a demandé ou dit lors d’une dédicace ?

 

Dans un salon littéraire, une dame intéressée par mon roman L’Empathie a discuté avec moi pendant un moment et m’a expliqué, très sérieusement, qu’elle n’éprouvait jamais d’empathie pour personne. Que c’était un sentiment qui lui était étranger.

Elle m’a déclaré ça avec un aplomb et un calme qui m’ont étonné et fait légèrement froid dans le dos… J’ai d’abord pensé qu’elle plaisantait mais elle était sérieuse. Elle a finalement acheté le roman. J’espère qu’il aura déclenché quelque chose chez elle, qui sait…

 

On connait l'importance du cinéma pour toi. Tes deux romans étaient ils des scénarios au début ? Aimerais-tu les voir porter à l'écran ? Format film ou plutôt mini série cf Netflix ?

 

Fermer les yeux est une histoire que j’avais écrite sous forme de scénario de long-métrage et qui a failli être tournée il y a des années, avant que je la transforme en roman.

 

Donc il existe déjà un script, que j’estime abouti. Il pourrait aussi être développé en mini-série. Toutefois, je suis extrêmement attentif à l’ambition et à la qualité nécessaires à ce projet et je ne veux rien sacrifier : ni la complexité des personnages ni le degré de violence du roman. 

 

 En parlant de cinéma quel est ton film culte ? 

 

Heat, de Michael Mann. C’est le film dont je me sens le plus proche, tant par son scénario, sa mise en scène, sa lumière, sa musique, son casting… J’ai pour ce long-métrage un vrai amour et lorsque je le revois c’est comme si je retrouvais un ami cher.

 

Il est une source d’inspiration.

 

Tu es scénariste.  Une idole dans ce domaine? 

 

Au cinéma, pas vraiment. C’est triste, d’ailleurs. Le métier de scénariste a tout pour être aussi épanouissant et stimulant que celui d’écrivain. Malheureusement, le scénariste a toujours été et reste la cinquième roue du carrosse dans le système de production d’un projet de cinéma. S’il n’est pas également le réalisateur du film, tout le monde se sent le droit de lui imposer des changements. Voilà pourquoi de nombreux scénaristes sont passés à la mise en scène.

 

Les show runners de certaines grandes séries télévisées comme The Shield, Nip/Tuck ou Breaking Bad, ont eu bien davantage la liberté d’aller au bout de leur vision car ils étaient aussi producteurs. Les réalisateurs suivaient leurs scénarios à la lettre, ce qui n’est pas le cas au cinéma. Ni à la télévision lorsque le créateur de la série n’est pas le producteur.

 

Peux-tu nous présenter ton dernier roman ?

 

Fermer les yeux sortira chez Pocket au mois de mars. Il s’agit de la traque d’un tueur en série, dans des villages et des villes de province, se prolongeant sur une quinzaine d’année. Les trois personnages principaux sont un enquêteur à la retraite, hanté par ce qui est sensé être une affaire classée. Un jeune auteur considéré comme le spécialiste français des tueurs en série. Et une brillante avocate, cherchant à réparer ce qu’elle estime être une erreur judiciaire.

 

Un scoop pour nos lecteurs ?

 

Mon troisième roman sortira dans le courant de l’année prochaine…

 

Quelque chose que tu souhaites ajouter ?

 

Merci beaucoup Marina et Patrice pour votre passion communicative. Et merci pour ces questions que j’ai trouvé originales et auxquelles j’ai pris beaucoup de plaisir à répondre !





A lire sur le blog, 
  • les chroniques : 
- L'Empathie, d'YvonS et de MGBooks





Commentaires

  1. Merci pour cet article très complet, maintenant je connais mieux cet auteur et j'ai hâte de le lire (selon les caprices de ma très haute PàL).

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